LETTRE DE POLITIQUE DE FINANCEMENT RURALE DU MAEP
(LPFR)

QUELLE POLITIQUE DE FINANCEMENT DE L'AGRICULTURE ?

Les besoins en financement du secteur agricole malgache sont importants. Ils sont avant tout destinés à améliorer la productivité de la terre et de la main d'œuvre, les revenus agricoles et la sécurité alimentaire des ménages qui stagne depuis 30 ans.

Ces besoins sont destinés :

- A l'amélioration des performances techniques des exploitations familiales ; ils concernent le développement de la structure d'exploitation (augmentation du cheptel, bâtiments,…), le foncier (augmentation de la taille des parcelles), les approvisionnements en facteurs de production (semences, plants pesticides, engrais, main d'œuvre, petits équipements,….) et la mécanisation.
- Au renforcement des capacités des Organisations Paysannes à fournir des services de proximité à leurs membres (approvisionnement en intrants, information, conseil de gestion, stockage,…..),
- Au financement des campagnes de commercialisation des produits. Les facilités d'écoulement et les prix appliqués bords champs où à la sortie des centres de collecte/stockage constituent des conditions déterminantes à la croissance de l'économie rurale,
- Aux réponses à apporter en terme d'innovation (recherche), de vulgarisation, de formation et d'appui conseil.

Les réponses reposent sur des types d'outils et de mécanismes adaptés à la demande : services financiers de proximité, banques commerciales et subventions.

L'usure est largement utilisée en milieu rural pour répondre aux besoins en trésorerie des ménages et exploitations. Les conditions d'octroi de ces crédits sont très exigeantes. De par leur caractère informel, le poids des charges financières de ces transactions dans le budget des micro-exploitations n'a pu être réellement quantifié. On peut néanmoins conclure que le coût financier de l'usure :
- anéanti totalement la capacité de capitalisation et d'investissement des ménages les plus fragiles,
- favorise la concentration foncière, le métayage et le développement du salariat agricole,
- réduit les capacités d'innovation et les préoccupations de préservation des ressources,
entretenant ainsi le cycle de la pauvreté.

Les services bancaires sont inaccessibles à la grande majorité des exploitations.

L'émergence depuis une quinzaine d'années des réseaux financiers de proximité constitue une avancée significative, qui permet aux ruraux d'accéder à des produits financiers qui répondent à leurs besoins à des conditions économiquement acceptables. Malgré un développement conséquent au cours des dernières années, ces réseaux ne touchent guère plus de 3% de la population rurale. Actuellement plus d'un tiers des ménages ruraux seraient endettés auprès de prêteurs informels, à des taux usuraires


De manière générale, les institutions financières de proximité ne répondent mal aux multiples besoins de financement des petites exploitations agricoles, qui pour la plupart n'ont jamais eu accès à des formes de crédit " institutionnelles ". Les agriculteurs ne constituent dans les faits leurs cibles privilégiées.

Ces institutions de micro-finance ont pour mission d'offrir des services financiers à une population qui n'a pas accès aux services bancaires, tout en garantissant les conditions de leur pérennité (équilibres financiers, bonne gouvernance, autonomie par rapport à l'Etat, acquisition de compétences adaptées, évolution de l'environnement juridique et réglementaire cohérente,….). L'agriculture est une activité à risque, à rentabilité incertaine et définie par des cycles précis. Il devient dès lors difficile pour les institutions financières d'élaborer des réponses adaptées aux besoins spécifiques sans fragiliser davantage leurs équilibres financiers internes.

La recherche d'amélioration permanente de l'équilibre financier interne est également sérieusement affectée par des facteurs externes. La cohabitation entre des mécanismes de subvention et des mécanismes de crédit, mais aussi entre organismes de crédit sur des objets et de publics identiques provoque fréquemment des effets pervers. La cohabitation induit nécessairement la coopération

L'accessibilité des agriculteurs aux services financiers est également souvent incriminée. Cela concerne en particulier les procédures internes et exigences internes propres aux réseaux. Les points mis en avant concernent plus particulièrement : le montage des dossiers, les montants et les échéanciers, les garanties pour couvrir les risques, et la participation des agriculteurs aux prises de décision.

L'esprit de la réglementation de la micro-finance en vigueur correspond à des règles financières et économiques ''générales'' de type bancaire qui ne tient que peu compte de la nécessité d'adapter les interventions des institutions financières de proximité à la spécificité du monde rural. Cette situation a en outre, l'inconvénient d'exclure l'accès au crédit des plus pauvres, car pour répondre aux exigences de rentabilité, les institutions ''formelles'' choisiront de financer les produits les plus rentables ou les plus sécurisants. Le cadre réglementaire doit être redéfini d'une manière concertée et doit être assez flexible pour s'adapter aux contraintes de la micro finance en général et particulièrement aux réalités du monde rural.

Le contexte de l'agriculture malgache, ne lui permet pas de financer son développement exclusivement sur sa propre capacité d'accumulation. Les multiples besoins en investissements ne peuvent être assumés par le secteur de bancaire ou les IFM, qui ont des préoccupations propres de rentabilité et d'équilibre. La mobilisation de ressources publiques est en particulier nécessaire pour couvrir les besoins en investissements à rentabilité différée (infrastructures rurales, éducation, information, formation, appui conseil,….), et créer des incitations sur certains secteurs d'activité. Pour l'essentiel, les relations entre les mécanismes de " subvention " et les institutions financières de proximité doivent être optimisées autour d'une réelle recherche de complémentarité. La répartition des responsabilités ne peut être exclusivement géographique ; elle doit s'appuyer sur une claire délimitation des objets et des prérogatives de financement.

La problématique d'investissement dans le secteur agricole, principal secteur d'activité de l'économie malgache reste centrale dans le cadre de la mise en œuvre de ses politiques de relance économique et de lutte contre la pauvreté,

Pour soutenir l'investissement dans le secteur agricole, le défi qui se pose à l'Etat, malgré la faiblesse de ses moyens propres, est d'élargir la couverture des services financiers de proximité en facilitant en particulier :

- l'amélioration du taux de pénétration des services financiers de proximité,
- l'accessibilité des services financiers aux agriculteurs (prise en compte de la particularité des besoins du secteur, meilleure gestion du risque, amélioration des dispositifs d'information, formation et d'appui-conseil aux producteurs,…),
- le renforcement des complémentarités entre les secteur bancaire, de la micro-finance, et les acteurs liés aux investissements publics (Projets, ONG,…),
- l'amélioration de la réglementation du secteur et l'impulsion des mesures d'incitation (bonification du taux d'intérêt,…),


L'enjeu de cette politique est de rechercher simultanément un impact économique (développement des zones rurales, compétitivité, devises,….) et social (sécurité alimentaire) optimal, et de permettre aux couches rurales chroniquement fragiles de pouvoir investir dans leurs activités agricoles, avec des outils adaptés à la particularité de leur métier, à des conditions soutenables. Ces préoccupations recoupent la nécessité d'assurer la viabilité et la durabilité des institutions financière de proximité.

Cette politique se déclinera autour des objectifs suivants :

Objectif 1 : Améliorer le taux de pénétration et l'accessibilité des services financiers de proximité

Cet objectif se déclinera en sous-objectifs

Sous-objectif 1.1 : Développer les services de proximité

Le développement des services financiers de proximité constitue la principale priorité pour soutenir l'investissement dans les activités agricoles. Il s'agira principalement de :

(i) de consolider les réseaux existants de manière à ce qu'ils soient en mesure de construire leur développement sur des bases saines,
(ii) de maintenir une politique de taux d'intérêt qui préserve la capacité des institutions de micro-finance de capitaliser les ressources nécessaires à leur développement,
(iii) mobiliser des ressources financières complémentaires,
(iv) développer les capacités d'épargne.
(v) renforcer les coopérations Banque - Institutions Financières de proximité,

Sous-objectif 1.2 : Renforcer la cohérence entre les outils de financement

Pour éviter les dérapages liés à une concurrence non maîtrisée, les différents programmes d'appui au secteur rural utilisant des procédures de subvention (PSDR, SAHA, ONG…) et les Institutions Financières Mutualistes doivent délimiter correctement leurs domaines de compétences respectives. Les problèmes liés à la concurrence entre les systèmes financiers décentralisés et certains programmes d'appui doivent être évacués au profit des professionnels. Les institutions de micro-finance doivent assurer la maîtrise d'œuvre déléguée des volets crédits des projets et programmes d'appui.

La recherche de cohérence entre les institutions et mécanismes de financement et d'investissement dans le secteur agricole et rural constitue un point d'ancrage de l'action de l'Etat. La répartition des responsabilités entre structures ne peut être exclusivement géographique; elle doit s'appuyer sur une claire délimitation des objets et des prérogatives de financement.

Sous-objectif 1.3 : Améliorer l'accessibilité aux services financiers de proximité aux agriculteurs.


Un certain nombre de mesures seront mises en œuvre pour améliorer l'accessibilité des agriculteurs aux services financier de proximité. Elles concernent :

(i) la formation des élus agriculteurs et des gestionnaires d'IFM,
(ii) la réduction des risques économiques en prenant des mesures pour mieux sécuriser l'environnement de l'activité et en développant :
. le conseil technico-économique et de gestion de proximité,
. des systèmes d'information économique sur les filières et les prix permettant d'anticiper sur la conjoncture à court et moyen terme,
. des outils améliorant les garanties au prêteurs : dépôt de garantie, warrant agricole, location vente pour les matériel agricole et les animaux,….
. développement des assurances agricoles,
. appui à la mise en place de centrales de risques,
. fonds de garantie co-gérés entre les Organisations Professionnelles et les IFM

Sous-objectif 1.4 : Bonifier les taux d'intérêt

Le principal outil à envisager dans ce sens est la bonification du taux d'intérêt qui permet simultanément de soutenir un choix de politique agricole, de réduire le risque de l'agriculteur à l'investissement, de créer les conditions pour fidéliser davantage de clients autour des institutions de micro-finance, d'augmenter leur chiffre d'affaire et de réduire les charges structurelles qui pèsent sur les taux d'intérêt.

La mise en place d'une bonification des taux d'intérêts est déterminée par deux niveaux d'analyse préalables qui sont :

(i) Identifier quels types de subventions sont accordées actuellement au secteur, et juger de l'opportunité de cumuler ou de mieux répartir les subventions au secteur,
(ii) Disposer à l'amont des choix " d'incitation " de politiques nationales, régionales et de politiques filières de manière à prendre des mesures adaptées aux particularités et besoins sectoriels et locaux.

Par rapport à la préoccupations des IFM de capitaliser pour sécuriser les équilibres financiers propres et de financer leur développement, la structure actuelle des taux d'intérêts ne sera pas remise en question.

Des mesures institutionnelles seront néanmoins prises pour contribuer à réduire sensiblement le taux général :

- exonérer de la TVA les transactions entre banques commerciales,
- réduire le taux de refinancement appliqué aux IFM, en particulier avec le développement des produits financiers à moyen terme.


Objectif 2 : Améliorer le cadre juridique et l'environnement institutionnel de la micro-finance.

L'enjeu pour améliorer l'accessibilité aux services financier de proximité est de mettre en place une réglementation qui permettent à l'ensemble des intervenants (institutions financières, ONG, projets …) d'atteindre toutes les couches de la population en toute complémentarité .

Sous-objectif 2.1: Améliorer le cadre législatif et réglementaire :

Jusqu'à présent le seul cadre légal et réglementaire régissant les activités des services financiers de proximité est celui destiné aux Institutions Financières Mutualistes (96-020), d'autres intervenants opèrent donc sous couvert d'autres lois (60-133 association, 96-030 ONG, …), c'est une situation qui ne leur permet pas de penser à la pérennisation de leurs actions, ils n'ont pas le droit de collecter l'épargne ; toutefois dans le cas de la plupart d'entre eux, la souplesse de leur modalité d'intervention leur permet de toucher les plus pauvres, ils satisfont une clientèle bien souvent à l'écart. La mise en place d'un cadre réglementaire permettant la répartition des responsabilités entre structures et qui s'appuie sur une claire délimitation des objets et des prérogatives de financement est donc souhaitable.

Sous-objectif 2.2 : Mettre en place une coordination nationale :

La mise en place d'une coordination au niveau national pour le secteur micro finance est indispensable afin que l'Etat puisse assumer son rôle d'orientation, d'incitation, d'arbitrage et de garant du respect des décisions prises en commun. Cette coordination permettra donc de :
- s'assurer que les réglementations soient adaptés et toujours correctement appliquées,
- garantir la cohérence et la compatibilité des actions de développement,

DIRECTION D'APPUI A LA PROFESSIONNALISATION PRODUCTEURS
Service d'Appui aux Finances Rurales
© Juin 2003