1.
BUTS DE LA CULTURE
Le SORGHO est surtout cultivé pour son grain utilisé
pour l'alimentation de l'homme et du bétail (sorgho à
grains). En outre, sa hampe florale dépouillée
de ses grains sert à faire des balais (sorgho à
balais), sa moelle sucrée sert à l'obtention de
sucre (sorgho sucré) la gaine de ses feuilles, ses glumes
et sa moelle rouge donnent des pigments utilisés comme
teintures (sorgho tinctorial) ; ses feuilles sont utilisées
comme fourrage (sorgho fourrager) ses tiges comme matière
première pour la fabrication du papier (sorgho papetier),
etc.
Les grains fermentés servent à la préparation
d'un alcool (bière). Enfin, le sorgho est également
utilisé comme engrais vert.
2- BOTANIQUE
21- Description
211- Racines
Elles sont fasciculées et prennent naissance
sur les entre-nuds très courts de la base des tiges.
Elles sont minces et portent de fines radicelles.
Elles ont de 25 à 30 cm de long et forment un chevelu
très important. Certaines d'entre elles atteignent 1,5m
de profondeur.
212- Tiges
Elles sont cylindriques, droites et pleines. Elles sont
formées d'entre-nuds séparés par
des nuds. Elles ont de 0,80 à 5m de haut et de
1 à 4cm de diamètre. Leur couleur est verte, généralement,
plus ou moins colorée de rouge selon les variétés.
Au niveau de chaque nud on distingue un bourgeon qui peut
donner naissance à des tiges secondaires et tertiaires
sur les nuds de la base (tallage). Une touffe peut comprendre
de 1 à 10 tiges suivant les variétés. Au
bout de 3 à 6 mois, suivant les variétés,
chaque tige donnera une panicule terminale. Si on coupe les
tiges, les nuds de la base peuvent repousser et fournir
une seconde récolte. Si on ne coupe pas les tiges, des
ramifications apparaissent sur les nuds supérieurs
de ces tiges et elles peuvent donner des panicules de petite
dimension.
213- Feuilles
Elles sont alternes, longues et engainantes. Elles ont
50 à 80 cm de long et 5 à 10 cm de large. Elles
sont vertes, parfois colorées en rouge. Les nervures
sont parallèles. Tiges et feuilles peuvent contenir de
l'acide cyanhydrique très toxique pour les animaux :
" la dourine ".. On a cependant constaté que
ce produit toxique apparaissait surtout dans les gourmands,
dans les repousses et dans les tiges de sorgho qui ont subi
un arrêt de croissance par suite d'une sécheresse
normale.
214- Inflorescences
Ce sont des panicules rameuses terminales. Elles sont
de dimensions variables selon les variétés, plus
ou moins compactes, parfois même lâches. Elles comprennent
un axe principal qui se ramifie en rameaux primaires. Ces rameaux
primaires se ramifient à leur tour une ou deux fois.
C'est à l'extrémité des dernières
ramifications que l'on trouve les épillets groupés
généralement par 2 ou 3 : 1 épillet central
sessile souvent muni d'une arête et 2 épillets
latéraux pédicellés. Les épillets
pédicellés sont en général caducs.
215- Fleurs
Chaque épillet contient 1 ou 2 fleurs enfermées
dans les deux glumes de l'inflorescence. une seule fleur est
en général fertile. Elle est insérée
dans ses deux glumelles et comprend 3 étamines, 1 ovaire
à 1 loge surmonté de 2 styles à stigmates
plumeux. La fleur stérile est réduite à
une membrane qui se trouve sous la glume inférieure.
La fécondation est directe, rarement croisée.
216- Fruits
C'est un caryopse de 4 ou 5mm de long qui reste entouré,
de ses glumes à maturité. Il est plus ou moins
rond ou allongé selon les variétés et sa
couleur varie du blanc au noir en passant par le jaune, le rouge
et le brun. Il contient de l'amidon.. Les grains sont totalement
dépourvus d'acide cyanhydrique. 1000 grains pèsent
entre 15 et 45g.
2.2.- Classification
Tous les sorghos cultivés peuvent se classer
en 6 groupes que se différencient par leurs inflorescences
et leurs épillets :
2.2.1. Groupe Drummondil : qui comprend des sorghos
à tallage réduit, de faible hauteur et donnent
des petits grains.
2.2.2. Groupe Guineense : qui comprend presque
tous les sorghos cultivés pour leur grain en Afrique
2.2.3. Groupe Nervosum : qui comprend également
des sorghos cultivés pour leur grain en Afrique
2.2.4. Groupe Dochna : qui comprend des sorgho
dont les panicules ont de 40 à 70 cm de long et à
grains très petits. Ce sont les sorgho à balais
2.2.5. Groupe Durra : qui comprend des sorghos
cultivés pour leur grain en Afrique du Nord, en Asie,
etc
2.2.6. Groupe Caffrorum : qui comprend des sorghos
cultivés pour leurs grains et comme fourrage en Afrique
du Sud et aux États-Unis.
Parmi les espèces spontanées, il faut signaler
le Soudan-grass cultivé comme fourrage dans de nombreux
pays. La sélection des sorghos porte surtout sur leur
résistance à la sécheresse et à
la verse ainsi que la durée de leur cycle végétatif
qui doit être court (100 à 120 jours).
On a également créé des hybrides à
grand rendement dans plusieurs pays du Monde.
2.3. Phase végétative
231- Phase de germination
- Le grain germe au bout de 24 heures.
- La levée a lieu 4 à 5 jours après le
semis dans des conditions normales d'humidité du sol,
sinon cette levée n'aura lieu qu'après plusieurs
semaines. La radicule apparaît la première puis
la tige et les feuilles. De nouvelles racines apparaissent sur
la base de la tige (racines adventives). Une fois la levée
effectuée, le jeune sorgho peut résister très
fortement à la sécheresse en attendant le retour
de l'humidité.
232- Phase de tallage
Les racines adventives s'accroissent.
Les nuds de la base de la tige principale donnent naissance
à des tiges secondaires ou talles qui apparaissent par
paire.
Les nuds de la base des tiges secondaires peuvent donner
à leur tour, dans certains cas, naissance à des
tiges tertiaires. Mais ceci est très rare dans les conditions
écologiques du Sud de Madagascar.
233- Phase d'épiaison et de floraison
Une fois entièrement développées,
les tiges émettent chacune une panicule (de 50 à
80 jours après le semis).
" 5 jours, en moyenne, après l'apparition de la
panicule à l'extérieur, la floraison est terminée
et la fécondation a lieu
234- Phase de maturation
" 45 à 70 jours après la fécondation,
la pleine maturité des grains est acquise
La durée du cycle végétatif est très
variable selon les variétés.
" 95 à 115 jours pour les variétés
hâtives
" 115 à 130 jours pour les variétés
demi-hâtives
" 130 à 180 jours pour les variétés
tardives.
A Madagascar, on cherche à cultiver essentiellement les
variétés hâtives ou demi-hâtives
3- ÉCOLOGIE
31. Besoins en chaleur
Le sorgho est exigeant au point de vue température.
Il redoute le froid humide. Pour germer, il lui faut de 10 à
15°C. Pendant la durée de sa végétation,
l'optimum se situe vers 30° - 32°C. La température
ne doit pas descendre au-dessous de 23°C. Le sorgho résiste
aux températures élevées même durant
les périodes de sécheresse.
32. Besoins en eau
À cause de sa petitesse, le grain de sorgho n'a
pas de gros besoins en eau pour germer, il peut rester en terre
plusieurs semaines sans germer en attendant une humidité
suffisante. Dès que le sorgho a formé son système
radiculaire, il résiste fort bien à la sécheresse.
Ceci s'explique par le peu de surface foliaire de la plante
(ce qui limite l'évaporation) et par le pouvoir qu'elle
possède d'arrêter sa croissance. La seule période
critique pour l'eau est l'épiaison. le manque d'eau à
ce moment précis provoque l'avortement des panicules.
Il faut 500 à 700mm d'eau pour le sorgho durant la durée
de son développement. Dans les conditions d'Ambovombe,
le sorgho précoce arrive à maturité avec
une pluviométrie de 200mm seulement durant leur cycle
végétatif (mi-décembre à mi-avril).
Cependant, il y a des condensations nocturnes dont il est très
difficile d'évaluer l'importance.
33. Besoins en lumière
Le sorgho est une plante de lumière qui ne peut
pas pousser normalement à l'ombre.
34. Besoins en sol
Le Sorgho demande des sols argilo-sableux, un peu humifères,
à pH légèrement acide et contenant de l'azote
et de potasse. Il redoute l'eau stagnante, les sols trop lourds
et les sols légers.
35. Besoins en altitude
Si les autres besoins écologiques sont satisfaits,
le sorgho peut être cultivé du niveau de la mer
jusqu'à 1100 à 1300mm.
4- CULTURES
41. Multiplication
Le sorgho se multiplie par semis-direct. C'est une plante
annuelle qui peut repousser après la récolte.
Dans certains pays, on pratique le repiquage des plants provenant
des pépinières. Ils ont alors 20 cm de hauteur.
Néanmoins, dans le sud de Madagascar, cette pratique
est à rejeter et il faut ressemer.
411- Préparation du sol
Elle peut se faire, soit à plat soit en buttes
" Pour la préparation du sol à plat, on réalise
un labour de 25 - 30 cm de profondeur suivi d'un pulvérisage
pour briser les mottes. Lors de ce labour, en enfouit le fumier.
On laisse le sol se reposer durant 15 jours environ avant de
faire le semis. Juste avant le semis, on herse le sol, pour
avoir une terre bien pulvérisée et on enfouit
un insecticide pour lutter contre les Hétéronychus.
Si on craint l'inondation, cette préparation du sol devra
être complétée par un billonnage.
" Pour la préparation du sol en buttes (dans les
zones à faible pluviométrie) on réalise
des petits tas de terre de 20 à 25 cm de haut et de 30
à 40 cm de diamètre.
Les buttes sont espacées de 70 cm en tous sens. Il y
a ainsi 20.000 buttes environ à l'ha. Sur les sols en
pente, les buttes devront être plus larges et plus hautes
(6000 à 7000 buttes à l'hectare).
Dans tous les cas, cette préparation du sol se fera dès
les premières pluies (début décembre en
général).
412. Choix et préparation des semences
" Choisir une variété de sorgho en
tenant compte de ses exigences en sols et en pluviométrie,
de la durée de son cycle végétatif, de
la qualité de ses grains et de son rendement
" Nettoyer les semences de la variété choisie
pour éliminer les matières étrangères
et surtout les graines des mauvaises herbes
" Traiter les semences avec des fongicides de synthèse
pour lutter contre les principales maladies cryptogamiques et
avec des insecticides pour protéger les jeunes plantations
contre les attaques des insectes présents autour des
grains dans le sol.
413. Choix de la date de semis
" Début de la saison des pluies (vers le
15 Décembre en général)
414. Mode de semis
" En poquets, en lignes ou à la volée
" Pour le semis en poquets, on recommande d'espacer les
poquets de 50 à 80 cm en tous sens (15.000 à 40.000
poquets à l'hectare.) Dans chaque poquet, on place 4
à 10 grains.
" Pour le semis en lignes, réaliser des espacements
de 60 cm et sur ces lignes, on place 4 à 6 grains tous
les 25 à 35 cm (système dit de la ligne discontinue).
" Les semis à la volée sont de plus en plus
abandonnés car ils ne permettent pas un bon entretien
des cultures.
415. Quantité de semences
" Semis en poquets : 8 Kg à l'ha environ
" Semis en lignes : 5 à 6 Kg à l'ha environ
" Semis à la volée : jusqu'à 45 Kg
à l'ha
416. Profondeur de semis
On recommande 2cm de profondeur
4.2 - Entretien
" Sarclage : dans la première quinzaine
qui suit le semis pour détruire " les mauvaises
herbes "
" Remplacement des manquants : dans la première
quinzaine qui suit le semis, soit par resemis, soit par repiquage
des plants provenant des poquets très fournis.
" Démariage : à deux plants par poquet. Il
a lieu en même temps que le sarclage et le remplacement
des manquants.
" Second sarclage : les plants ont 50 à 60 cm de
hauteur (1 mois après le premier sarclage)
" Buttage : lors de ce second sarclage
" Troisième sarclage : parfois, pour les variétés
tardives.
4.3.-Fertilisation
" Fumure organique : 15 à 20 T de fumier
de ferme à l'ha. enfouies lors du labour.
" Fumure minérale :
L'azote est le pivot de la fumure du Sorgho. Pour produire 2
tonnes de grain à l'hectare, on estime qu'il faut apporter
suivant les situations 35 à 45 Kg/ha de N.
Cet azote n'est complètement valorisé que si les
quantités de phosphore disponibles pour la plante sont
suffisantes et cela dépend de la richesse du sol en cet
élément. Pour le même niveau de production
de 2T/ha de grain, une fumure d'entretien correcte se situe
entre 20 et 30 Kg/ha de P2O5.
On considère que toute fertilisation minérale
du sorgho doit être à base d'engrais binaire NP.
Le complément potassique dépendra de la richesse
du sol en cet élément et de la quantité
de paille restituée, sous quelque forme que ce soit :
enfouissement direct, compost, fumier, poudrette.
Pour les hybrides, en culture irriguée, il faut prévoir
: N : 70kg/ha ; P2O5 = 35 kg/ha ; K2O = 100 kg/ha. L'engrais
doit être épandu de préférence à
la volée, avant les façons de préparation
du sol, en particulier avant le labour pour qu'il soit mis directement
à la disposition des racines. S'il n'y a pas de travail
du sol, il doit être épandu au semis. Ces fumures
minérales ont pour but essentiel d'augmenter la production
mais elles n'assurent pas toujours le maintien de la fertilité
du sol.
5- RÉCOLTE ET RENDEMENT
La récolte peut débuter dès que les
grains de la base des panicules sont durs. Une récolte
trop tardive peut conduire à un égrenage spontané
des panicules et à une détérioration du
grain.
On couche les tiges et on coupe les panicules au couteau. Les
panicules coupées sont alors rassemblées en meules
de 1 à 1,5m de haut, ces meules étant placées
sur des plates-formes surélevées par rapport au
niveau du sol.
Les rendements en grains varient de 5 à 10 quintaux/ha
dans l'Androy, mais ils peuvent atteindre 35 quintaux/ha avec
des variétés sélectionnées et bien
adaptées aux conditions écologiques du lieu de
culture. Avec le sorgho hybride, on peut avoir 75 quintaux à
l'hectare de grains.
Les rendements en fourrage pour le sorgho fourrager sont de
l'ordre de 250 qtx/ha en matière verte.
6- MALADIES ET ENNEMIS
61- Maladies
- Charbons : dûs à des champignons qui
attaquent les panicules en ne laissant subsister que des fragments
d'épillets et qui se reproduisent par une grande quantité
de spores noires
- Rouilles : dûes à des champignons qui provoquent
des tâches jaunes ou pourpres de quelques millimètres
de long sur les feuilles
- Anthracnose : dûe à un champignon qui provoque
des tâches brunes sur les feuilles.
- Maladies mineures : Cercosporiose, bactéroise, etc
6.2. Ennemis
- Noctuelle du cotonnier : la chenille détruit
les jeunes plantules.
- Noctuelles diverses : les chenilles rongent les feuilles
- Pucerons : piquent les feuilles et sucent les sucs.
- Sauterelles : rongent les feuilles et les jeunes tiges.
- Borers : les larves creusent des galeries dans les tiges.
- Heteronychus divers : coléoptères qui rongent
le collet des jeunes plants
- Diptères apodes : les larves creusent des galeries
dans les tiges et il se produit un développement des
pousses latérales.
- Oiseaux : mangent les grains
- Rats : mangent les grains
- Bruches : rongent l'intérieur des grains emmagasinés
- Charançons : rongent l'intérieur des grains
emmagasinés.
- Pyrales : les chenilles creusent des galeries dans les grains
emmagasinés
7 - TECHNOLOGIE
Grains mûrs
- Battage grains + enveloppes
- Triage grains propres
- Broyage farine + sons
- Tamisage farine pure
Farine
7.1. Suite des opérations
- Battage : des grains pour enlever les glumes et les
glumelles
- Triage : des grains pour enlever les impuretés
- Broyage : des grains triés dans les meules ou des broyeurs
à cylindre
- Tamisage : de la farine obtenue
- Fabrication de couscous ou cuisson à l'eau de la farine.
7.2.- Sous-produits
Les sons qui servent d'aliment pour le bétail
7.3.- Résultats
- 100 Kg de grains donnent 66 à 78 kg de farine
et 16 à 17 Kg de sons.
7.4.-Valeur alimentaire des grains de sorgho
- amidon : 70%
- eau : 13%
- protides : 10%
- lipides : 3%
- cellulose : 2%
- matières minérales : 2%
8. CONDITIONNEMENT
Il n'y a pas encore de règles précises à
Madagascar concernant la commercialisation des grains ou de
la farine de sorgho. Cette culture n'est pas encore assez développée
à l'heure actuelle.
9- BIBLIOGRAPHIE
" BOIS : Les plantes alimentaires chez tous les peuples
et à travers les âges
" CERICHELLI : Cultures tropicales, Plantes Vivrières
" LAVIGNE : Aperçu sur la culture du Sorgho dans
la Province de Tuléar
" PIEDALLU : Le Sorgho
" AGRONOMIE TROPICALE
" RAPPORTS DE L'I.R.A.M.