1.
BUTS DE LA CULTURE
La patate douce est cultivée pour ses tubercules qui
servent d'alimentation pour l'homme. On peut les préparer
de très nombreuses façons : bouillies, frits cuits,
sous la cendre, etc... Les tubercules servent également
à préparer de la fécule, du sirop, de l'alcool,
de la confiture etc... Certaines variétés sont
très riches en amidon et, après cuisson, servent
à l'alimentation du bétail
Les feuilles peuvent se consommer sous forme de brèdes
ou sous forme de condiment.
Les tiges et les feuilles ont un grand intérêt
comme fourrage vert pour les animaux ou fourrage sec.
2. BOTANIQUE
2.1. Origine
La patate douce est originaire de l'Amérique
méridionale et centrale.
2.2. Description
2.2.1. Racines
Elles partent toutes des nuds de la bouture
On compte sur chaque nud 2 à 4 grandes racines
de 50 à 60 cm de longueur (dont 1 ou 2 se transforme
en tubercules) et une dizaine de racines plus petites atteignant
20 à 30 cm de long.
2.2.2. Tubercules
Ils se forment sur les racines à l'endroit ou,
après s'être dirigées horizontalement, elles
s'incurvent vers le bas. Les tubercules de patate sont donc
de portions renflées de racines.
Ils sont en nombre variable selon les variétés.
Quelques-uns se forment à partir des racines, les noeuds
des tiges ou des ramifications en contact avec le sol et qui,
ont racinés
Ils sont une forme globulaire ou allongée. Ils pèsent
de quelques dizaines de grammes à 3 et même 5 kg.
Leur épiderme est de couleur très variable blanc,
rose, rouge, etc... Leur chair est soit blanche, soit jaune
suivant les variétés.
2.2.3. Tiges
Sur une bouture, il peut se former une dizaine de tiges
principales.
Elles rampent à la surface du sol et atteignent 2 à
3 m de long. Elles peuvent être aussi grimpantes. Elles
sont très minces et herbacées.
Elles sont composées d'entre-nuds séparés
par des noeuds Sur les noeuds se forment les feuilles, les inflorescences
et des racines adventives.
2.2.4. Feuilles
Elles sont de forme et de dimensions extrêmement
variables. Le limbe peut être entier ou présenter
3,5 ou 7 lobes.
Le pétiole est plus ou moins long de couleur verte.
2.2.5. Inflorescences
Elles se forment sur les extrémités des
tiges. Elles sont des ombelles axillaires comportant 4 ou 5
fleurs. Chaque fleur de l'inflorescence est portée par
un court pédicelle qui part d'un point commun du pédoncule
de l'inflorescence
2.2.6. Fleurs
Elles ont une forme de cloche de couleur blanche, pourpre
ou violette. Elles se composent :
¢ D'un calice à 5 pétales
¢ D'un corolle à 5 pétales soudés
¢ D'un ovaire à 2 loges surmonté par un style
portant un stigmate de 5 étamines.
La fécondation est surtout croisée et elle se
fait par l'intermédiaire des insectes. L'autofécondation
est possible et il peut y en avoir jusqu'à 40%.
2.2.7. Fruits
Ce sont des capsules indéhiscentes qui contiennent
le plus souvent 2 graines séparées par une cloison
médiane. Ils restent entourés par 5 sépales.
Ils ont environ 7 mm de large et 5 mm de hauteur. Ils sont surmontés
par le reste du stigmate.
2.2.8. Graines
Elles sont petites (4 mm de diamètre environ)
et comprennent deux faces : une bombée et une plate.
Le hile est bien apparent. (voir schéma n°1).
En coupe, on distingue : une coque, un embryon qui reste vert
et qui est recourbé sur lui-même ; un albumen mucilagineuse
qui entoure plus ou moins complètement l'embryon (voir
schéma n°2)
2.3. Phase végétative
La patate douce est une espèce qui est cultivée
comme une plante annuelle.
2.3.1. Phase de reprise
Au bout d'une semaine environ, on peut considérer
que la bouture a repris. Elle possède déjà
quelques racines sur les nuds enterrés et les yeux
des noeuds à l'air libre commencent à se développer.
2.3.2. Phase de croissance
Dans de bonnes conditions culturales, elle est relativement
active et les tiges et les ramifications secondaires s'allongent
rapidement sur le sol.
2.3.3. Phase de tubérisation
Elle ne commence que lorsque la plante a acquis un certains
développement de son appareil végétatif.
2.3.4. Phase de maturation
Les feuilles jaunissent et les tubercules s'arrêtent
de grossir.
La durée totale du cycle végétatif de la
patate douce varie entre 6 et 8 mois selon les variétés
et les lieux de culture à Madagascar.
3. ÉCOLOGIE
3.1. Besoins en chaleur
La patate meurt lorsque la température du sol
est inférieure à 10° (cas de la région
d'Antsirabe en hiver). Vers 15° - 16° son aspect extérieur
est à peu près normal ; pour des températures
supérieures à 35° son développement
est retardé. Son optimum se situe aux environs de 25°
à 30°.
3.2. Besoins en eau
La patate douce résiste bien à la sécheresse.
Cependant des pluies de l'ordre de 25 à 30 mm par semaine
sont favorables à sa croissance et à la formation
des tubercules
3.3. Besoins en lumière
La patate douce demande des expositions très
ensoleillées pour que la photosynthèse se fasse
dans des meilleures conditions possibles. Ce qui permettra à
l'amidon de se former en grande quantité et d'obtenir,
par la suite des gros tubercules.
3.4. Besoins en sol
La patate demande surtout des terrains meubles, bien
perméables et bien pourvus en humus. Cependant, les sols
sablo-limoneux ou limino-sableux, bien drainés sont les
plus favorables. Les argiles latéritiques de tanety sont
trop pauvres et ne donnent que de petits tubercules
Les sols de bas fond trop lourds et une trop grande richesse
en matières organiques provoque un développement
végétatif aérien trop important aux dépends
des tubercules, qui restent petits et tardent à arriver
à maturité.
3.5. Besoins en altitude
La partie douce pousse indifféremment le long
des côtes et en altitude, à condition que ses exigences
en chaleur soient satisfaites
3.6. A Madagascar
On rencontre la patate douce dans toutes les régions
de la grande Ile, mais essentiellement sur la Côte Est,
les Hauts Plateaux et le Sud.
4. VARIÉTÉS
Le genre Ipomea comprend environ 350 espèces dont
la grande majorité possède de belles fleurs et
sert de plantes d'ornement.
L'espèce batatas possède des tubercules comestibles.
Elle comprend un grand nombre de variétés qui
se distinguent les unes des autres par la forme des feuilles
et des tubercules et leur couleur.
Pour le moment, les meilleurs résultats sont donnés
par les variétés suivantes :
¢ Pour la Côte- Est :
" Variétés locales : Menahatoka et Sinoafotsy
" Variétés étrangères : Goldrust,
Earlyport et Centenial
¢ Pour les Hauts - Plateaux
" Variétés locales : Voriravina, lohafinjo,
Vomanga kely, Galona Sihanaka
¢ Dans le Sud :
" Variétés locales : Vareza, Sinoamena
¢ Variétés Américaines : Porto Rico,
Big Stem Teney, Yellow Jersey, Australian
5. TECHNIQUES CULTURALES
La patate douce se multiplie par voie végétative.
Le système le plus utilisé est celui qui fait
appel aux boutures.
5.1. Préparation du sol
- Sous-solage à 60 cm de profondeur pour ameublir
le sol sur une hauteur la plus grande possible et faciliter
ainsi la croissance des tubercules.
- Labour à 25 - 30 cm de profondeur, après avoir
épandu le fumier et les engrais chimiques constituant
la fumure de fond
- Repos du sol durant 1 mois
- Pulvérisage et hersage du sol à l'issue de cette
période de repos
5.2. Choix des boutures
Les boutures sont prélevées sur des tiges
saines indemnes de virose. Elles doivent avoir 20 à 40
cm de long et comporter 3 à 4 nuds. Plus les boutures
sont jeunes, meilleur sera leur pourcentage de réussite.
Enfin, dans le cas où l'on ne possède pas de boutures
et pas assez de tubercules, on peut utiliser des rejets de tubercules.
Il suffit de prélever ces rejets et de les mètre
directement en place (voir schéma n°3).
5.3. Préparation des boutures (voir schéma
n°4)
On les laisse fâner légèrement à
l'ombre avant de les planter. On supprime les feuilles des 2
noeuds de la base et on laisse les feuilles des autres noeuds.
Dans d'autres cas, on habille complètement la bouture
en supprimant toutes les feuilles.
Les boutures doivent être prélevées sur
les plants sains (exempts de viroses) ; il est conseillé
de les désinfecter par trempage de quelques minutes dans
une solution (par ex : manèbe à 100 g pour 40
l d'eau + Trichlorfona à 100 g m. a pour 40 l d'eau).
5.4. Plantation
5.4.1. Écartement (voir schéma n 5)
Si le sol a été préparé
à plat ou avec des buttes, on placera les boutures à
40 x 40 cm sur les Hauts-Plateaux et sur la Côte Est à
70 x 40 cm.
Si le sol a été billonné, on place les
boutures sur la crête des billons à une distance
de 30 à 60 cm
Si le terrain a été en planches, on trace sur
chaque planche deux lignes distantes de 0,70 m à 1 m
et sur ces lignes on espace les boutures de 30 cm
Suivant le dispositif adopté, on obtient de 30.000 à
70.000 boutures à l'hectare.
5.4.2. Mise en place des boutures
On creuse un trou de 10 à 30 cm de profondeurs
suivant la longueur de la bouture. On place dans le trou une
petite poignée d'aldripoudre et on le mélange
à la terre du trou, pour lutter contre les ennemis des
tubercules
On place la bouture dans le trou. Qu'elle fasse un angle de
45° environ à la surface du sol. On laisse hors du
trou les 2 ou 3 noeuds supérieurs qui ont gardé
leurs feuilles. On termine la plantation en bien tassant la
terre autour de chaque bouture.
5.4.3. Époque de plantation
Choisir les époques de plantation de telle sorte
que la végétation se fasse durant la saison des
pluies et que la récolte puisse se faire durant la saison
sèche.
¢ Sur les Hauts-Plateaux de Décembre à Janvier
¢ Sur la Côte-Est, plantation toute l'année
de préférence d'Avril à Juin
5.4.4. Fertilisation
" Fumure organique : on conseille d'adopter 10
t/ha de fumier bien décomposé et de l'enfouir
lors du labour.
" Fumure minérale : on apporte de l'azote 30 à
60 U/ha sous forme de sulfate d'ammoniaque, seulement 4 à
6 semaines après la plantation des boutures
" Acide phosphorique : 40 à 80 u/ha sous forme de
phosphate bicalcique que l'on enfouira lors du labour avec le
fumier.
" Potasse : 60 à 120 u/ha sous forme de chlorure
de potassium que l'on enfouira lors du labour.
Une récolte de 15 T/ha exporte environ 70 kg d'Azote,
20 kg de P2O5 et 110 kg de K2O.
5.4.5. Entretiens
Les boutures qui meurent sont remplacées dès
la seconde semaine qui suit la plantation. L'entretien se limite
à 2 ou 3 sarclages en début de végétation.
Dans le cas où la plantation a été faite
à plat, il est conseillé de faire un buttage des
pieds en même temps que le sarclage. Le pincement des
tiges peut-être conseillé dans le but d'arrêter
leur développement en longueur.
Dans le cas de la région sèche, les irrigations
sont surtout conseillées durant les 2 premiers mois qui
suivent la plantation.
5.5. Récolte et rendements
5.5.1. Récolte
Pour une bonne conservation des tubercules, la récolte
doit être effectuée avec précaution. Elle
doit se faire au moment où les tiges et les feuilles
commencent à jaunir. C'est à ce stade que les
tubercules ont acquis leur grosseur maximum. Après leur
arrachage, on laisse les tubercules sécher au soleil
durant quelques heures.
On conseille de bien éliminer tous les tubercules qui
ont été entaillés lors de la récolte.
Leur stockage doit se faire dans un endroit frais, aéré
et sec.
5.5.2. Rendements
Les rendements en culture traditionnelle sont de l'ordre
de 3 à 10 T/ha. Les rendements à l'hectare en
tubercules sont très variables selon les zones de culture
:
¢ Sur les Hauts-Plateaux : entre 6 et 28 T/ha
¢ Dans le Sud : entre 7 et 10 T/ha
¢ Sur la Côte-Est : entre 10 et 46 T/ha
Ils peuvent atteindre 50 T/ha avec une fumure convenable
6. MALADIES
6.1. Maladies
¢ Pourriture de la tige : due à un champignon
qui provoque le jaunissement des feuilles puis dessèchement
des tiges
¢ Pourriture molle : due à un champignon qui envahit
une blessure du tubercule entreposé puis gagne le tubercule
en entier.
¢ Pourriture noire de Java : due à un champignon
qui rend les tissus des tubercules entreposés d'abord
bruns, puis noirâtres
¢ Virus : Veen clearing au Gana, il faut utiliser des plants
indemnes
¢ Mosaïque ; lutter contre les insectes piqueurs
6.2. Ennemis (voir schéma n°6)
Ils sont nombreux et s'attaquent à presque toutes
les parties de la plante :
- Sur les tiges :
" Chenilles : qui rongent les tiges et les sectionnent
au ras du sol
" Cochenilles : qui piquent les tiges pour sucer la sève
- Sur les feuilles :
" Cochenilles : qui piquent les feuilles pour sucer la
sève
" Cassides : dont les larves et les adultes rongent le
limbe des feuilles
" Altises : ce sont de petits coléoptères
de couleur brillante et métallique qui rongent le limbe
des feuilles
" Pucerons qui piquent la face inférieure des feuilles
pour sucer la sève
" Chenilles : qui rongent le limbe des feuilles ou qui
l'enroulent sur lui-même
- Sur tubercules :
" Charançons : creusent de nombreuses galeries et
déprécient fortement les tubercules ou tiges
" Potamochères : Qui consomment les tubercules
" Nématodes : qui provoquent des déformations
sur les tubercules
- Lutte : pulvérisations d'insecticides
7. UTILISATION DES PRODUITS
On ne traite pas les patates douces industriellement. Les
conditions de conservation doivent être soigneusement
étudiées surtout après la récolte.
Un traitement pendant 6 à 8 jours à la chaleur
humide (50% d'humidité, 28°C) en facilitant la cicatrisation
des blessures diminue les risques.
Après cela les conditions optima de stockage sont : Hygrométrie
de 80% et température de 14°C.
Valeur alimentaire :
¢ Eau : 60 à 75%
¢ Glucides : 18 à 30%
¢ Protides : 1 à 2,4%
¢ Cellulose : 1 à 1,2%
¢ Matière minérale : 0,7 à 3%
¢ Lipides : 0,5 à 1%
Les tubercules de patate douce constituent donc un aliment d'une
grande valeur énergétique, supérieure à
ce point de vue à la pomme de terre
8. BIBLIOGRAPHIE
- Recueil de fiches techniques d'agriculture spéciale
TOME 2 par P. HUBERT
- Mémento de l'Agronomie