FILIERE CREVETTE MARINE D'AQUACULTURE


1. DESCRIPTION DE LA FILIERE

1.1. Le milieu naturel
Parmi les espèces de crevettes pêchées dans les eaux malgaches, deux offrent des performances intéressantes en aquaculture : Penaeus monodon (camaron ou black tiger) qui croît relativement vite et atteint une taille finale de 30 à 35g et Penaeus indicus (crevette blanche) qui s'adapte bien à l'élevage (excellente survie) mais dont la taille, à terme du grossissement, atteint difficilement 12 à 14g.
- L'aquaculture de crevette nécessite des zones à climat chaud, à faible amplitude thermique et à pluviométrie modérée. Les études ont permis d'identifier des sites aménageables de 15.650 ha de surface brute ou de 11.130 ha de surface nette en eau
En semi-intensif, les superficies citées ci-dessus peuvent produire jusqu'à 54.000 tonnes de crevettes.
A signaler que la surface totale des tannes, sur la côte ouest est estimée à 50.000 ha dont 30.000 ha aménageables pour la crevetticulture.

1.2. Les techniques et les produits

Au stade actuel du développement de la crevetticulture à Madagascar, les opérateurs ont choisi comme espèce le P. monodon et comme type d'élevage le semi-intensif, avec tentatives ponctuelles d'intensification.
Les principales étapes de l'élevage industriel de crevettes de mer sont la production de post-larves, le pré-grossissement et le grossissement.
Le grossissement qui dure entre 120 et 170 jours, est l'étape finale du processus d'élevage. Il s'effectue en bassins de surface variant entre 0,5 ha (intensif) et 10 ha (semi-intensif). La provende est importée de Taiwan, Maurice et Seychelles.
A la fin du grossissement, la récolte s'effectue par vidange du bassin et récupération des crevettes dans un filet en sortie. Les crevettes sont lavées sur place et transportées, sous glace, à l'usine de traitement, triées, calibrées, pesées, conditionnées, congelées, puis stockées en chambre froide. Le produit final peut être des crevettes entières crues ou cuites, des queues de crevettes ou des crevettes décortiquées.

On effectue 2 à 2,2 cycles de production par an. Le poids final de P. monodon est de 25 à 30g. La productivité est comprise entre 3,5 et 4,8 kg/ha/an, en semi-intensif. Avec une intensification plus poussée (semi-intensif intensifié) on peut atteindre 6 à 8 tonnes/ha/an.

1.3. Les acteurs

Deux entreprises individuelles, localisées à Mahajanga, ont pu démarrer leurs activités :
- SYLVAIN's POND qui exploite un bassin de 0,5 ha sur une saline abandonnée ;
- AQUANTSAHA avec un bassin de 12,2 ha.
Les fermes industrielles sont au nombre de 6. : AQUABIO, AQUALMA, AQUAMAS, AQUAMEN E.F, SOMAQUA et L.G.A.
L'aquaculture industrielle emploie quelques 3.120 personnes .

1.4. Les structures et modes d'organisation

1.4.1. Structures de production
Les sociétés d'aquaculture industrielle de crevettes sont membres du Groupement des Aquaculteurs et Pêcheurs de Crevettes de Madagascar (GAPCM). Cette association veut se présenter comme un partenaire de l'administration pour la gestion et le développement de la crevetticulture à Madagascar. Pour diminuer les risques d'introduction et de propagation de maladies dans les fermes, le GAPCM a initié un projet de mise en place d'un système d'épidémio-surveillance.
Les opérateurs individuels qui voulaient se lancer dans la crevetticulture familiale et artisanale ont créé le Groupement des Aquaculteurs Artisanaux de Madagascar ou GAAMA. Leur but est de s'échanger des informations et des expériences ainsi que de demander à l'administration un encadrement technique et une assistance financière..
1.4.2. Structures d 'appui
La faisabilité de la crevetticulture à Madagascar a été démontrée par un projet initié par le Gouvernement malgache avec l'assistance technique et financière de la FAO et du PNUD et démarré en 1987. Fort des résultats de ce projet-pilote, le premier opérateur à se lancer dans cette activité a commencé la construction de sa ferme industrielle en 1992.
Pour la promotion de l'élevage de crevettes de type familial et artisanal, l'administration, avec l'appui de la JICA, a créé, en 1996, le Centre de Développement de la Culture de Crevette à Mahajanga. Sa mission est donner une formation en crevetticulture à petite échelle ainsi que d'apporter aux personnes formées l'assistance technique nécessaire. Ce centre effectue aussi des expérimentations, en bassins, pour déterminer les techniques à vulgariser auprès des aquaculteurs. En outre, elle produit des post-larves à céder aux opérateurs aussi bien artisanaux qu'industriels. Enfin elle peut mettre à la disposition des personnes voulant construire des bassins de petite taille les engins nécessaires.
1.4.3. Structures de commercialisation
Les deux fermes artisanales vendent leur production aux sociétés de pêche de Mahajanga.
Les sociétés industrielles exportent individuellement leur production, seules, avec leur maison-mère ou des sociétés de distribution basées à l'extérieur.
1.5. L'économie globale de la filière
Les crevettes d'élevage occupent, en valeur, la deuxième place des produits halieutiques et d'aquaculture exportés par Madagascar. En 2001, les recettes provenant de l'exportation de crevettes étaient de 777,58 milliards de francs malgaches dont 356 milliards apportés par les crevettes d'aquaculture et 421,58 milliards par celles de pêche. Les conserves de thons et les poissons suivent avec respectivement 166,58 milliards et 58,79 milliards.
La production de crevettes d'aquaculture était de 5.195 tonnes en 2001, 6.225 tonnes en 2002.

2. CONTEXTE ECONOMIQUE ACTUEL


2.1. Opportunités

Crevettes, de gros calibres, recherchées sur le marché international
Concurrence réduite sur le marché européen, car certains pays sont sous embargo ou sévèrement contrôlés (Chine, Thaïlande)

2.2. Atouts
Existence de terrains propices offrant un potentiel important de développement de la crevetticulture
Existence de P. monodon dans le milieu naturel, facilitant l'approvisionnement en géniteurs
Inexistence de maladies connues et réputées destructrices à Madagascar et dans la sous-région du sud-ouest de l'Océan Indien
Adoption de mesures réduisant les risques de destruction de l'environnement et d'apparition de maladies (code de conduite, loi 2001-020 du 12 décembre 2001)

3. POLITIQUE (GRANDES LIGNES)


3.1. Enoncé de la politique

Il s'agit d'augmenter les recettes en devises de l'Etat en assurant le développement et la durabilité de la crevetticulture, de viabiliser et mettre en valeur des terrains incultes et des zones enclavées, propices à cette activité, de créer des emplois, de participer à la lutte contre la pauvreté.

3.2. Objectifs

Les objectifs assignés à la filière sont, essentiellement, de
- éviter la baisse de production,
- exploiter les potentialités existantes,
- améliorer les conditions de vie en milieu rural.

3.3. Stratégies

Pour réaliser ces objectifs, les stratégies suivantes sont préconisées
- éviter la disparition ou la diminution des activités de crevetticulture à cause des maladies ou de la dégradation de l'environnement
- promouvoir le développement des fermes non seulement industrielles mais aussi artisanales et familiales,
- encourager davantage les fermes industrielles à améliorer les conditions de vie des populations environnantes à travers des actions de développement communautaire

3.4. Grands axes d'actions

Le plan directeur 2004-2007 prévoit les axes d'actions suivants :
- étude de faisabilité de la crevetticulture familiale et artisanale et promotion de leur développement,
- définition et mise en œuvre d'une politique d'intégration des fermes familiales et artisanales dans la production de crevettes d'aquaculture,
- définition d'un plan national de développement de l'aquaculture de crevettes,
- mise en place d'un système de suivi et de protection zoosanitaire,
- adaptation des textes législatifs et réglementaires à l'évolution de la crevetticulture,
- étude la capacité d'accueil des sites potentiels,
- production locale d'aliments pour crevettes,
- développement de la production d'artémia.